Les Yamas : 5 règles de conduite personnelle


Les Yamas, au nombre de 5, sont des règles de conduites personnelles que l'aspirant Yogi se doit d'exprimer et de perfectionner tout au long de sa vie, tant vis à vis de lui-même que dans sa relation au monde : Ahimsa (la non violence), Satya (la Vérité), Asteya (le non vol), Bramacharya (la conscience du Soi) et Aparigraha (la non possessivité, la non-saisie).

Ahimsa : l'absence de violence

La non-violence s'entend aussi bien vis à vis de soi-même que vis à vis des autres, tant en pensée, en ressenti, en émotion, qu'en action.

Cependant, certaines paroles ou actes bien que paraissant violents d'un premier abord, peuvent se révéler être non violents, dès lors qu'ils sont Justes (il ne s'agit pas ici de justice humaine, mais de justice cosmique). Ainsi en est-il de la guerre menée par Arjuna dans le Mahabharata.

De même une attitude passive - et donc en apparence non violente - face à une violence extérieure (reçue en parole, en pensée ou en action) peut se révéler être - en réalité - un acte de violence supplémentaire fait par soi-même à soi-même. Ainsi par exemple une femme battue qui ne mettrait pas fin à cette situation de façon non violente mais active - en quittant son compagnon par exemple - s'impose à elle-même une violence supplémentaire, par sa soumission apparente due à la peur, alors qu'intérieurement elle refuse cette violence et créée ainsi en elle-même un état de violence extrême. Une fois l'acte de violence extérieur terminé (lorsque son compagnon ne la bat plus), elle est toujours en situation de violence intérieure du fait qu'elle ne parvient pas à agir de façon Juste en quittant son compagnon, et ce généralement par peur.
A l'opposé, le mouvement de résistance non-violente active, lancé par Gandhi en réponse à la violence des anglais, bien qu'ayant donné lieu à des actes d'une violence extrême, s'est révélé être dans son essence non-violent, car transcendé.

Le plan terrestre étant duel, l'aspirant Yogi doit être conscient que plus il amènera un état non-violent en lui-même, plus il attirera de l'extérieur son opposé, la violence. Il se verra ainsi confronté à des situations extérieures d'autant plus violentes qu'il s'installera intérieurement lui-même dans la non-violence. Seul l'état d'Eveil non duel fera cesser toute perception d'une quelconque violence extérieure. Aussi Ahimsa doit-il être maintenu avec détermination et humilité, sans découragement, jusqu'à l'Eveil.

Satya : la Vérité

La Vérité s'entend aussi bien vis à vis de soi-même que vis à vis des autres, tant en parole, pensée, émotions, sensation et actions. Ce Yama est extrêmement complexe à expérimenter, car autant d'individus autant de vérités, chacun pensant en toute bonne foi détenir La vérité, dire La vérité, penser vrai, parler Juste... alors que chacun ne perçoit qu'une bribe de vérité par la lorgnette de son ego et de sa vision erronée. Comment un être peut-il en ce cas atteindre ce qui est Vrai, alors qu'il est lui-même plongé dans l'Illusion ? L'aspirant Yogi perçoit rapidement combien le rôle de l'instructeur est important dans le Yoga, y compris dans la pratique des Yamas et Niyamas. Le simple fait de reformuler et de déformer les propos d'une tierce personne - en les passant à la moulinette de notre mental et de notre ego - est asatya -l'inverse de la Vérité- et asteya - l'inverse du non vol (le "a" étant privatif).

Swami Sivananda disait : "Dieu est La Vérité, et il peut être réalisé en observant la Vérité dans la pensée, la parole et l'action."  Satya, la Vérité, demande à l'aspirant Yogi d'être à même d'élargir sa conscience personnelle limitée pour accéder à la Vision Juste, à la Vision Vraie - au-delà des apparences.

Asteya : le non vol

Le fait de ne pas voler, ne se limite pas au vol d'objets physiques (voler un fruit ou une voiture par exemple), mais également aux idées, aux pensées, aux émotions, aux expériences psychiques et spirituelles. Tout refus de ce qui est en l'instant présent est considéré comme un vol. Le vol est la manifestation d'une insatisfaction, d'une jalousie, d'une colère, d'une rancoeur, d'un manque, d'un désir inassouvi. Le fait de rester en pensée dans le passé ou de se projeter dans le futur (par exemple en repensant à un événement agréable ou non qui s'est déroulé il y plusieurs semaines, mois ou années ou en imaginant un événement qui ne s'est pas encore déroulé) est de ce point de vue considéré comme un vol : un vol du temps, un vol au temps. Un refus de l'instant présent. De même déformer les paroles d'une tierce personne est un vol, un détournement de pensée.

Bramacharya : l'abstinence sexuelle et la Conscience établie dans le Soi

Bramacharya a été communément traduit par "célibat, abstinence sexuelle". Swami Niranjananda a redonné à ce Yama toute sa dimension et son Sens sacré - le rendant par là-même à nouveau praticable et accessible à chacun - en revenant à son étymologie. En effet, le terme "Bramacharya" est constitué de deux mots "Brahma" que l'on peut traduire par le Soi, la Conscience Divine et "charya" qui signifie "vie". Bramacharya signifie ainsi "vivre dans la Conscience Divine", "se maintenir dans la Conscience du Soi", "être Conscient en permanence du Soi". Une fois établi dans la Conscience Divine, les besoins et instincts primaires, tels le désir de nourriture, de sexualité, de sommeil ou la peur - n'ont plus lieu d'être. Seule demeure la Conscience du Soi. La sexualité a été réprimée par toutes les religions pour une raison qui s'explique tout naturellement : l'énergie spirituelle est de l'énergie sexuelle transmutée et transcendée. Aussi les religions ont-elles imposées la répression et la suppression de toute vie sexuelle à leurs adeptes, en vue d'atteindre des états de conscience plus élevés. Cependant l'énergie sexuelle est la base de l'Energie Divine. Tenter de la réprimer ou de la supprimer ne fait que la renforcer et revient à  tenter de dresser un barrage en plein milieu de l'océan. L'abstinence sexuelle surgit spontanément pour celui qui est établi dans la conscience supérieure. L'imposer de façon suppressive est un acte de violence (himsa), source de frustration et de colère, rendant par là-même impossible le véritable état de Bramacharya : l'établissement dans la conscience du Soi.

Aparigraha : la non-possessivité, la non-saisie

Ce cinquième et dernier Yama, couramment traduit par absence de cupidité et de convoitise, s'applique aussi bien en pensée qu'en action, sur chacun des plans : matériel, émotionnel, sensoriel, psychique et spirituel. Il nous relie aux sentiments de jalousie, de frustration, de manque, de vide intérieur, de mal-être, et à la notion de adharma : le fait de ne pas connaitre, accepter et incarner son dharma personnel. Car dès l'instant où l'être le connaît, l'accepte et l'incarne - toute graine de convoitise - sous quelque forme qu'elle soit - est aussitôt déracinée.

La non-possessivité relie l'aspirant Yogi à la notion d'attachement : aux biens, aux individus, aux pensées, aux croyances, aux sensations perçues, aux émotions, aux états de conscience et aux expériences psychiques.

La non-saisie relie l'aspirant au mouvement incessant de la Vie, à l'état sans peur, à la Confiance Absolue en l'Infini.